


Il y a dans les tableaux d’André Serfontein un vertige.
Non pas celui de la hauteur ou de la chute mais un vertige plus intime : celui que provoque une image lorsque, sous son apparente tranquillité, quelque chose nous échappe et nous interpelle.
Dans sa peinture le désir est suspendu, jamais totalement dévoilé, dans l’attente. Ses toiles ont la puissance trouble des souvenirs dont on ne sait plus s’ils ont été vécus ou rêvés.
Chez André Serfontein, l’étourdissement naît de cet instant où l’image, sans rien montrer de spectaculaire, nous émeut profondément. Avec pudeur, il nous renvoie à nos désirs, à nos inquiétudes, à notre propre vertige.
Comme la peinture maniériste, André Serfontein a compris que l’artifice peut être plus troublant que le beau. Mais son maniérisme n’est pas celui de la citation ou de la référence : il est celui de la sensation.
Car la Bella maniera est avant tout un art de l’ambiguïté. Elle fait coexister ce qui semble devoir s’opposer : le masculin et le féminin, la force et la douceur, la sensualité et la froideur, le naturel et l’artifice.
Le vertige naît de cette déstabilisation. La beauté la plus troublante n’est peut-être pas celle qui rassure le regard, mais celle qui lui fait perdre ses repères, celle qui, un instant, lui fait perdre l’équilibre.
Le maniérisme a fait de cette instabilité une esthétique, André en fait une émotion.
Le vertige commence peut être exactement là : au moment où le regard, confronté à une image qui refuse de se livrer entièrement, perd son équilibre.
